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terça-feira, 22 de setembro de 2026

Élections au Brésil : une approche indépendante de la polarisation - colloque à l’Académie des Sciences d’Outremer, Paris, 16 octobre

  

Élections au Brésil : une approche indépendante de la polarisation

 

Paulo Roberto de Almeida, diplomate, professeur

Synthèse des échanges au sujet d’un colloque à l’Académie des Sciences d’Outremer, Paris, 16/10

  

1. Invitation réçue :

On 24 Jun 2026, at 14:38, Daniel Jouanneau wrote:

 

Monsieur le Professeur,

L’Académie des sciences d'Outre-mer souhaite développer ses activités en Direction de l’Amérique latine, et nous prévoyons une séance sur le Brésil vendredi 16 octobre prochain à 15 heures, au siège, 15, rue La Pérouse et en visioconférence.

Le but est d'apporter aux members et aux amis de l'Académie un éclairage sur le Brésil d'aujourd'hui en faisant appel à trois intervenants, pour des présentations de 20/30 minutes chacune.

Deux ont confirmé leur participation : notre ancien ambassadeur au Brésil Yves Saint-Geours, président de l'Institut Pasteur, pour une approche géopolitique, et François-Michel Le Tourneau, directeur de recherche au CNRS, géographe et spécialiste de l'Amazonie.

Nous souhaiterions beaucoup bénéficier de la participation d’une haute personnalité brésilienne pour une communication sur les grands défis du Brésil d’aujourd'hui, politiques (nous serons entre les deux tours de l'élection présidentielle), économiques et sociaux.

Yves Saint-Geours et notre secrétaire perpétuel, le professeur Dominique Barjot, m'ont suggéré de me tourner vers vous.

Seriez-vous disponible, soit à l’occasion d'un séjour à Paris, soit en visioconférence ?

En espérant une réponse de principe positive, je vous prie de croire, Monsieur le Professeur, à mes sentiments les plus cordiaux.

Daniel Jouanneau

Président de la deuxième section de l'Académie des sciences d'Outre-mer

 

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2. Réponse envoyée :

            On 24 Jun 2026, at 17:57, pralmeida@me.com wrote:

Cher Président Daniel Jouanneau; deuxième section de l'Académie des sciences d'Outre-mer

Je reçois avec une certaine surprise cette invitation pour un important colloque à Paris sur le Brésil, à l’heure (au milieu) d’élections décisives pour l’avenir politique et géopolitique de mon pays. La surprise c’est parce que je suis maintenant à la retraite, m’occupant de livres et de petits-enfants. Mais, la dernière invitation que j’ai reçu de votre Ambassade ici à Brasília ce fut très récemment, le 3 juin, pour une discussion sur André Malraux, comme Ambassadeur de la Diplomatie Culturelle Française, avec le journaliste Jean-Claude Perrier, sur la vie de Malraux et sur son discours à Brasília en construction (1959), comme “capitale de l’espoir”.

Les derniers contacts actifs avec vos académiciens ce fut quand j’étais directeur de l’IPRI (affilié à l’Itamaraty), et j’ai invité plusieurs collègues français pour parler de vos questions. Je me rappelle des professeurs Nicolas Regaud (Défense), Dominique Cardon et Patrick Le Bihan (Sciences Po), et Laurence Badel (Sorbonne).

J’ai une certaine hésitation à me présenter comme possible intervenant sur le Brésil, en dépit de ce qui a pût être dit par le professeur Barjot, car, en plus d’être à la retraite actuellement, je suis un peu pessimiste sur l’avenir immédiat du Brésil, en proie à une polarisation très négative sur le plan politique, économique et diplomatique (qui est d’ailleurs avec nous depuis un certain temps, plusieurs années en fait). Je pourrais suggérer d’autres noms, dont le professeur Hervé Théry, marié à une Brésilienne (décédée, hélas), qui est l’Université de São Paulo et dirige la revue géographique Confins, franco-brésilienne ou d’autres noms, qui sont déjà en France ou au Brésil.

En tout cas, je suis très axé sur le Brésil en Français – ma formation, au temps de la dictature militaire, a été faite en Belgique, et j’ai séjourné à Paris en tant que diplomate.

Vous trouverez en attaché, une liste de mes travaux en Français, y compris un projet de livre qui je compte encore faire.

Je vous écoute à nouveau sur vos impressions, avant de poursuivre notre dialogue.

Amicalement,

Paulo Roberto de Almeida

https://pralmeida.net/

diplomatizzando.blogspot.com

 

Attaché 1 :

5369. “Travaux en Français par Paulo Roberto de Almeida”, Brasília, 24 junho 2026, 15 p. Atualização, em ordem cronológica inversa, da lista de todos os trabalhos em francês, a partir do original de 1/10/2015 (n. 2882), agregados os mais recentes. Divulgado no blog Diplomatizzando (link: https://diplomatizzando.blogspot.com/2026/06/travaux-en-francais-par-paulo-roberto.html).

Attaché 2 :

2883. “Brésil, d’un siècle à un autre : Histoire, développement économique, relations internationales », Hartford, 2 Octobre 2015, 2 p. Projet de livre en Français ; à composer. Avant-Propos : Le Brésil, d’un siècle à l’autre. Repris à Brasília, 22/09/2026 ; blog Diplomatizzando (22/09/2026 ; link : https://diplomatizzando.blogspot.com/2026/09/le-bresil-dun-siecle-lautre-histoire.html).  

 

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3. Une première approche

      Remis le 27 juin :

5374. “Le Brésil, au premier quart du XXIème siècle : héritages et défis”, Brasília, 27 juin 2026, 4 p. Premier planning, provisoire, pour une intervention à un colloque de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, à Paris, le 16 octobre 2016, entre les deux tours des élections présidentielles. À réviser, en attendant la campagne électorale et les résultats du premier tour (4/10/2026). Envoyé, en caractère préliminaire, à Daniel Jouanneau, président de la deuxième section de l'Académie des sciences d'Outre-mer, en attendant version corrigée et actualisée en octobre.

 

Le Brésil au premier quart du XXIème siècle : héritages et défis

 

Paulo Roberto de Almeida, diplomate, professeur.

Premier planning, provisoire, pour une intervention à un colloque de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, à Paris, le 16 octobre 2016, entre les deux tours des élections présidentielles. En révision, en attendant la campagne électorale et ses résultats nationaux, ainsi que les deux candidats sortant du premier tour présidentiel (4/10/2026).

 

Qu’est-ce que le Brésil ? Une définition simple serait celle-ci : c’est un pays qui se définit par les couleurs et les origines géographiques. Un Brésilien peut être Noir, Blanc, Métisse, Indigène, Asiatique, Levantin, surtout Pan-Européen, de la péninsule ibérique à l’Europe centrale et orientale. Ce n’est pas une race mélangée, ce n’est même pas une race ; c’est une Nation.

Il ne faut pas, toutefois, oublier, que ce qui définit le plus le Brésil, c’est l’héritage de l’esclavage, l’iniquité suprême de l’avoir prolongé à l’outrance presque jusqu’à la fin du XIXème siècle, et ses prolongements jusqu’à nos jours. Cela est une autre définition, peut-être plus brutale. Mais, en dépit de la discrimination qui survit, parfois même le racisme souvent dénié, il y a une grande unité culturelle, indépendamment de la diversité régionale, du Sud à l’Amazonie.

Cela est un socle sociologique, mais qui n’est pas l’objet de ce colloque. Ce qui vous intéresse en première place c’est la place du Brésil dans le monde, soit, quel Brésil va ressortir du second tour électoral, et quels seront ses défis nationaux, ainsi que le rôle qu’il pourra jouer en Amérique Latine, voire dans le monde. Nonobstant la bifurcation politique qui peut arriver à la fin d’octobre – pour être vrai, la continuité de Lula ou un virage à droite –, il y une réalité qui peut être affirmée sans contestation, du moins à mon avis : même si le monde connait un bouleversement sans précédents depuis la naissance de l’ONU, les défis brésiliens, maintenant et dans les prochaines années, n’ont rien à voir avec ces chambardements actuels, provoqués par Poutine et par Trump.

Une chose doit être très claire : les principaux défis qui se présentent au Brésil, aujourd’hui, dans les années suivantes, de même que par le passé, n’ont rien à voir avec les problèmes du monde, ils prennent sa source au Brésil profond. Les problèmes du Brésil vis-à-vis le monde ont peu de rapports avec la globalisation, les menaces extérieures, les rapports bilatéraux avec les grandes puissances, ses relations avec les voisins de l’Amérique du Sud, sa projection vers cette entité inexistante qu’on veut appeler de Sud Global, tout cela n’a pas d’importance majeure dans notre itinéraire national.

Tous les problèmes du Brésil, si j’ose dire, sont brésilo-brésiliens, made in Brazil, et ne peuvent que recevoir des réponses brésiliennes, même si cela semble un peu décevant vis-à-vis nos partenaires internationaux, tant le Brésil est ombilical, tourné vers l’intérieur, protectionniste, nationaliste, exclusiviste, attaché à un État central et dominateur, un peu comme la France d’ailleurs. Mais je vais, tout de même, dresser une liste sur les principaux défis brésiliens, tant en égard des problèmes nationaux, que dans les relations extérieures.

(…)

[Reste à développer les principaux problèmes, nationaux, ainsi que signaler les défis qui peuvent se présenter dans les relations extérieures. Je vais parler non en tant qu’ancien diplomate, mais comme simple citoyen, sociologue de formation, professeur par dévotion, serviteur de l’État pour plus de quatre décennies, mais surtout un libre-penseur, parfois « contrarianiste », un grand lecteur et un grand voyageur, avec un certain nombre d’ouvrages publiées. (…)]

[Voilà : je vais tâcher, dans le 15 minutes suivants, de présenter l’agenda nationale et internationale du Brésil, avec déjà une certaine perception des équilibres politiques qui seront en place à partir de 2027. Mais, il me faut observer les développements dans les prochains mois jusqu’au début octobre. Une chose est certaine : le Brésil n’a pas encore résolu les problèmes hérités des siècles passés : l’iniquité de la domination oligarchique, la pauvreté, même la misère persistante, l’exclusion des Noirs et indigènes, la mauvaise qualité de l’éducation, l’insertion insuffisante dans l’économie mondiale etc. Mais, il ne faut oublier que nous sommes la moitié de l’Amérique du Sud, un leader dans les nouveaux accords du Mercosur, une diplomatie d’excellente qualité intellectuelle, un certain poids à l’agenda énergétique et environnementale, un killer dans l’agriculture et l’élevage…

À suivre... ]

Paulo Roberto de Almeida

Brasília, 5374, 27 juin 2026, 2 p.

  

Paulo Roberto de Almeida (São Paulo, 1949) est Docteurs ès Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles (1984), Maître en Développement Économique par le Collège des Pays en Développement de l’Université d’État d’Anvers (1976), diplomate à l’Itamaraty de 1977 à 2022, professeur universitaire par un temps comparable, et auteur de plusieurs livres d’histoire diplomatique, les relations économiques internationales et l’intégration régionale. (pralmeida.net ; https://diplomatizzando.blogspot.com)

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4. Une deuxième approche

      Remis le 7 août :

5424. « Introduction sommaire au panorama électoral au Brésil d’aujourd’hui », Brasília, le 7 août 2026, 3 p. Note sur les élections au Brésil, pour futur débat à l’Académie des sciences d’Outre-Mer. Versão em inglês, « Short summary of 2026 Brazil elections ». Au blog Diplomatizzando (links : https://diplomatizzando.blogspot.com/2026/08/introduction-sommaire-au-panorama.html ; https://diplomatizzando.blogspot.com/2026/08/short-summary-to-brazil-elections-in_01421601359.html). 

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5. Une autre approche

Deux écrits juxtaposés :

5442. Le Brésil au premier quart du 21ème siècle : héritages et défis ; Brasília, le 31 août 2026, 7 p. Note sur les élections au Brésil entre le premier et le second tour, pour présentation et débat à l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, Paris, le 16 octobre, 15-17hs (10 à 12hs de Brasília), en plus, version en Portugais du même texte.

5443. Le Brésil au premier quart du 21ème siècle : héritages et défis ; Brasília, le 4 septembre 2026, 5 p. Note [5442] ; complétée par un addendum, sur la crise du STF et ses impacts sur les élections. Au blog Diplomatizzando (link : https://diplomatizzando.blogspot.com/2026/09/le-bresil-au-premier-quart-du-21eme.html).

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6. Une autre approche

 

            Texte à composer à la fin septembre-début octobre, pour présenter les derniers développements politiques-électoraux proche à la fin de la campagne : prévisions sur le vote au 4 octobre ; continuité de la polarisation gauche – extrême-droite, avec un fonds de crise politique très grave due à des nouvelles de corruption jusqu’au Tribunal Supérieur Fédéral, ainsi que possible intervention américaine dans le processus électoral.

 

 

Paulo Roberto de Almeida

Brasília, 5472 : 22 setembro 2026, 5 p.

 

sexta-feira, 4 de setembro de 2026

Le Brésil au premier quart du 21ème siècle : héritages et défis - Paulo Roberto de Almeida (Académie des Sciences d’Outre-Mer)

  

Le Brésil au premier quart du 21ème siècle : héritages et défis

  

Paulo Roberto de Almeida, diplomate, professeur

Note sur les élections au Brésil entre le premier et le second tour, pour présentation et débat ; Académie des Sciences d’Outre-Mer, Paris, le 16 octobre, 15-17hs (10-12hs au Brésil).

  

Présentation de l’intervenant :

Paulo Roberto de Almeida est titulaire d'un doctorat en sciences sociales de l'Université de Bruxelles (1984) et d'une maîtrise en planification économique de l'Université d'Anvers (1977). Diplomate de carrière depuis 1977, il a été professeur à l'Institut Rio Branco et à l'Université de Brasília, et directeur de l'Institut de recherche en relations internationales (IPRI) de la Fondation Alexandre de Gusmão (Funag-Itamaraty) de 2016 à 2019. De 2004 à 2022, il a enseigné l'économie politique dans les programmes de troisième cycle en droit du Centre universitaire de Brasília (Uniceub). Il a publié plusieurs ouvrages sur les relations économiques internationales, la politique étrangère brésilienne et l'histoire diplomatique.

  

Synthèse de l’exposition :

Arrivé à la dixième élection présidentielle depuis la démocratisation, en 1985, le Brésil est désormais confronté à un changement fondamental dans la structure politique nationale et dans les relations entre les pouvoirs. Ayant vécu sous l’emprise d’un État centralisateur, commandé par un Exécutif très puissant, depuis l’entre guerres jusqu’à la deuxième décennie de ce siècle, tout en étant partagé entre sociaux-démocrates (FHC) et petistes (PT) dans les trois dernières décennies, le système politique vit aujourd’hui sous l’emprise du pouvoir du Congrès sur l’Exécutif, ou plutôt, dominé informellement par les caciques de principaux partis, qui sont centristes ou de droite. Les principaux partis n’ont plus besoin de négocier des montants accrus des ressources publiques, puisqu’ils ont progressivement accaparé les dotations légales qui leur sont attribués – dont deux fonds, des partis et électoral, toujours croissants – ainsi que des montants relativement importants au titre des différentes sortes des « amendements » obligatoires au budget annuel, jusqu’au point qu’ils ne se sentent plus obligés d’appuyer ou de soutenir un candidat aux élections présidentielles : n’importe qui sera élu, les parlementaires se dotent des ressources pour se soutenir indéfiniment.

La société, de son côté, est profondément déçue par l’insécurité quotidienne, la lenteur de l’accroissement des revenus, la corruption politique et le déjà-vu des candidats, dont les discours et les promesses ne rassemblent plus des grandes masses. Il y a un épuisement de l’espoir de véritables changements, comme il y eu dans la fin des années 1950 – coupe du monde, construction de Brasília, des avancées dans l’industrialisation – ou au début de la démocratisation, dans les années 1980 : nouvelle Constitution progressiste, floraison de partis, multiplication des organisations civiles.

 

Développement du débat (provisoire) : 

Le Brésil au premier quart du 21ème siècle : héritages et défis

Le XXIe siècle a débuté par une triple crise au Brésil : en 2000, la crise du modèle argentin de convertibilité a éclaté, le gouvernement Menem menaçant de dollariser immédiatement l'économie, ce qui aurait compromis la poursuite du projet Mercosur ; en 2001, le Brésil a subi des coupures d'électricité, dues à la sécheresse et à des réductions drastiques de l'approvisionnement en électricité, compte tenu de la forte composante hydroélectrique de son énergie ; en 2002, la victoire du PT aux élections a fait planer la menace d'un changement radical de politique économique : chute des titres de dette brésiliens à l'étranger, forte dévaluation du real et flambée de l'inflation. Dans une lettre datée de juin, le candidat Lula s'est engagé à maintenir la politique économique en cours, héritage du plan de stabilisation macroéconomique de 1994 mis en œuvre par Fernando Henrique Cardoso, la maîtrise des fluctuations du taux de change et la rigueur budgétaire de 1999.

Son premier mandat (2003-2006) a été marqué par une grande prudence en matière de politique économique, avec le lancement de plusieurs programmes sociaux, profitant de la hausse des prix des matières premières et de l'essor des exportations vers la Chine (devenue le premier partenaire commercial du Brésil en 2009, devant les États-Unis et l'Union européenne). Lula a été réélu en 2006. Son second mandat, en revanche, a suivi le modèle de politique économique du PT, avec une forte augmentation des dépenses publiques et un moindre respect des principes de rigueur budgétaire. Néanmoins, le gouvernement a accéléré les dépenses et, profitant du prétexte de la crise financière de 2008-2009, a encore renforcé les programmes de redistribution : en 2010, stimulant la demande, Lula est parvenu à faire élire son successeur et à atteindre une croissance du PIB de 7,5 %, quasiment au niveau chinois, contre une moyenne inférieure à 4 % les années précédentes.

À partir de 2011, au lieu de la forte croissance promise par l'expansion continue du crédit, les investissements et la croissance ont commencé à chuter, et l'inflation a augmenté. Malgré cela, Dilma Rousseff est parvenue à être réélue in extremis en 2014, grâce aux mêmes mesures expansionnistes qui ont plongé le Brésil dans la plus grave crise de son histoire, en 2014-2015, plus grave encore que celle de 1929-1931, ce qui a contribué à sa destitution par le Congrès en 2016, sous l'accusation de violation des lois budgétaires.

Le vice-président Michel Temer a gouverné pendant deux ans et demi (2016-2018) et a impulsé plusieurs réformes, tout en maîtrisant les dépenses publiques. Cependant, depuis 2013, les manifestations contre le PT ont donné naissance à plusieurs mouvements d'extrême droite, qui ont culminé avec la victoire d'un officier militaire lié au régime dictatorial des Forces armées (1964-1985). Jair Bolsonaro a instauré une mini-révolution dans tous les domaines de l'administration publique, faisant fi des droits humains, des acquis sociaux, de la protection de l'environnement et du respect des peuples autochtones. Il s'est également attaqué violemment aux universités et à la science (déni de la vaccination pendant la pandémie), contribuant ainsi à un nombre disproportionné de victimes de la Covid-19 au Brésil par rapport à la population mondiale. Dès le début, il a contesté les élections et la légitimité du vote électronique, préparant un coup d'État après sa défaite en octobre 2022. Il projetait alors d'assassiner le président élu, Lula, son vice-président et un ministre de la Cour suprême qui présidait également le tribunal électoral cette année-là.

Le troisième mandat de Lula (2023-2026) s'est déroulé dans un contexte – national, régional et international – très différent de celui des dix premières années du siècle, période où la hausse des prix des matières premières exportées offrait une marge de manœuvre considérable pour les dépenses publiques, où l'Amérique latine comptait encore plusieurs gouvernements progressistes et où la détérioration des relations internationales n'avait pas encore commencé. Cette détérioration a été marquée par l'invasion et l'annexion illégales de la Crimée en 2014, par le premier mandat de Trump (2017-2020) et le début de son offensive protectionniste et tarifaire, ainsi que par le renforcement de l'« axe anti-occidental » (Russie-Chine-Iran), qui englobe une bonne partie des BRICS+, dont le Brésil est membre fondateur (mais membre du BRIC).

Lula n'est pas parvenu à reconstruire l'Unasur – la coalition sud-américaine vaguement anti-américaine, alliée à la faction bolivarienne – et n'a pas réaffirmé son soutien indéfectible à la transition énergétique et au nouvel écologisme. Il a même commencé à promouvoir l'exploration pétrolière dans des zones sensibles et a consolidé une position internationale favorable à la proposition russo-chinoise d'un « nouvel ordre mondial multipolaire », alors que le Brésil était engagé dans son processus d'adhésion à l'OCDE entre 2016 et 2023. Les élections de 2026 restent marquées par la même polarisation qu'en 2022 (partisans du PT contre partisans de Bolsonaro), mais l'émergence de nouveaux mouvements politiques conservateurs et une certaine détérioration de la conjoncture économique – avec une augmentation de 10 points de pourcentage de la dette publique ces quatre dernières années – pourraient modifier l'issue du second tour, le 25 octobre (en fonction des résultats du premier tour).

Le Brésil pourrait être à l'aube d'un important bouleversement politique, la population étant visiblement lasse après deux décennies de gouvernement du Parti des travailleurs (PT) de Lula, dépourvu d'idées novatrices et toujours dépendant de la redistribution du crédit et de l'augmentation des prestations sociales. La situation devrait se préciser en septembre, mois de campagnes électorales intenses, non seulement au niveau présidentiel, mais aussi dans les États et au Congrès, désormais doté de pouvoirs considérables.

 

Paulo Roberto de Almeida

Brasília, 5442 : 31 août 2026, 4 p.

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Addition le 4 septembre 2026 :

On est à un mois du premier tour de la dixième élection présidentielle depuis la démocratisation de 1985. Le 16 octobre, il y aura une visioconférence de l’Académie des Sciences d’Outremer sur les élections au Brésil, à laquelle je participerai.

 

Je me permets d’enregistrer ici les résultats des scrutins précédents :

1)    1989 (Fernando Collor élu; impeached en 1992; vice-président Itamar Franco)

2)    1994 (Fernando Henrique Cardoso élu au premier tour, par le Plan Real)

3)    1998 (Fernando Henrique Cardoso reélu au premier tour, une nouveauté)

4)    2002 (Luiz Inácio Lula da Silva élu, après être vaincu les trois premières)

5)    2006 (Luiz Inácio Lula da Silva reélu au second tour)

6)    2010 (Dilma Rousseff élue, pour le troisième mandat du PT)

7)    2014 (Dilma Rousseff, au second tour; impeached en 2016; vice Michel Temer)

8)    2018 (Jair Bolsonaro élu, pour la première fois un representant de l’extrême-droite)

9)    2022 (Luiz Inácio Lula da Silva élu, avec une courte avance, au deuxième tour) 

1        2026 (en cours; Lula se présente pour la quatrième fois, incertitude sur le résultat)

 

Comme information aux divers participants de la séance, il faut enregistrer dès maintenant que ces élections de 2026 seront tenues dans des circonstances exceptionnelles, jamais vues auparavant depuis la démocratisation de 1985, sauf peut-être aux élections de 1962, avant le coup d’État, quand il eut une intervention explicite des États-Unis aux élections pour les gouvernements des états, dans le cadre de la Guerre Froide, la révolution cubaine, la crise du régime parlementaire introduit artificiellement un an auparavant, etc. 

Le Brésil vit une crise politique exceptionnelle, simultanément aux trois pouvoirs, due notamment à la corruption disséminée, d’une part larvée, càd, “normale”, fréquente dans les milieux politiques, d’autre part opportuniste, due au scandale de la Banque Master, la plus grosse fraude jamais vue au Brésil, qui a touché des personnages de tous les pouvoirs et institutions, y compris au Supérieur Tribunal Fédéral. Tout cela dans le cadre d’une polarisation aussi exceptionnelle, entre droite et gauche, cette fois-ci représentée par les « petistes » (du PT) d’un côté, par les « bolsonaristes » de l’autre, qui peut condenser les votes des extrémistes de droite, des conservateurs, des opposants aux vingt ans de « régime lulopetiste ». Mais il peut aussi avoir une très grande abstention aux urnes électroniques, dans l’absence d’une troisième voie qui pourrait attirer des votants, malgré la totale absence d’un programme de gouvernement en bonne et due forme.

La campagne est entrée maintenant dans sa phase décisive, avec la tenue de la propagande dans les horaires convenus à la radio et TV (c’est la loi électorale qui le détermine), mais aussi cette fois avec un recours exponentiel aux moyens digitaux, y compris l’usage de l'Intelligence Artificielle pour la composition souvent mensongère des attributs propres et des défauts attribués aux adversaires. 

On n’a jamais vu tout cela, y compris une obscurité complète sur le résultat final, qui pourra être contesté par les deux parties au second tour, demande pour un nouvel contage des votes et querelles introduites auprès du Tribunal Supérieur Électoral. 

C’est la dixième élection présidentielle, et la première avec des tournures exceptionnelles. Comme on dit au Brésil, qui vivra verra !

 

Paulo Roberto de Almeida

Brasília, 5443 : 4 septembre 2026, 5 p.

 

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