Introduction sommaire au panorama électoral au Brésil d’aujourd’hui
Paulo Roberto de Almeida, diplomate, professeur
Note sur les élections au Brésil, futur débat à l’Académie des sciences d’Outre-Mer;
Révision : 7/08 ;
Avant la création de la Justice électorale au Brésil, juste après la révolution de 1930, qui a remplacé la « Vieille République » et a débuté un processus de 15 ans de modernisation par le haut, Von Oben, au style Bismarckien, sous l’emprise de Getulio Vargas, les élections dans notre pays parfaitement oligarchique étaient parfaitement fausses, puisque c’était la « Commission de Vérification » qui vérifiait d’avance la liste des possibles candidats et qui décidait seule qui méritait d’être élu, et qui pourrait être écarté sans aucun souci. Un tribun de la Vieille République recyclé dans la « neuve » disait que les élections étaient fausses, mais que la représentation était véritable, puisque ceux qui étaient choisis étaient tous de honnêtes gens, magistrats, capitalistes, grands fermiers, enfin personnes riches et éduquées.
Après plusieurs décennies de véritable modernisation, sous la République de 1946, après la chute du dictateur Vargas, qui parlait d’une « courte période de 15 ans », après les crises des années 1950 et 60, après une nouvelle dictature, cette fois parfaitement militaire, pendant 21 ans, avec la démocratisation entamée en 1985, et en dépit de deux impeachments de présidents, en 1992 et 2016, on peut finalement dire que les élections sont devenues parfaitement légitimes, mais que la représentation est devenue parfaitement fausse. Fausse, ici, veut dire que le système politique et les partis ne représentent plus rien, ni personne, mais les candidats eux-mêmes, sont parfaitement libres pour disposer des facilités et des ressources publics sans avoir à s’expliquer à personne.
Pendant les premières années de la démocratisation, les élections configuraient une dispute entre partis, notamment la social-démocratie du PSDB (dont l’auteur du Plan Real de stabilisation macroéconomique, Fernando Henrique Cardoso, président de 1995 à 2002), le Parti des Travailleurs, dirigé depuis son origine (1980) par Lula, président a deux reprises (2003-2010), succédé par une de ses ministres, Dilma Rousseff (2011-2016, impeached), et Lula à nouveau, depuis 2023, en essayant un Lula 4, en sortant vainqueur en Octobre 2026. En fait, la majorité directe, issue du vote populaire, du président élu ne correspond presque jamais au contrôle du Parlement, dont la représentation issue des élections proportionnelles ou sorties des caciques régionaux, reste habituellement sous la dominance des partis e de leaders conservateurs, issus des oligarchies qui sont à la tête du Brésil depuis le XVIème siècle. Cette disparité des majorités en est souvent la source de crises politiques.
La République a introduit le vote direct et supposément secret, mais les illettrés – presque la moitié de la population jusqu’à la Seconde Guerre – en étaient exclus jusqu’à 1987. La période démocratique semblait consolider une progression normale vers un élargissement du recrutement des partis, ainsi que le renforcement des grands partis qui avaient lutté contre la dictature militaire pour plusieurs années. Le jeu politique, dans les 1980s-90s, était plus ou moins semblable à celui existant dans d’autres démocraties présidentielles, avec des partis concurrents, mais la nature de la représentation, tout comme le fonctionnement des partis ont beaucoup changé pendant le dernier quart de siècle. Une flexibilisation de la législation électorale, suivie des manipulations parlementaires ont résulté dans une anarchie des partis, devenus des instruments de corruption politique et économique, en même temps qu’une révolution dans la fiscalité des nouvelles « églises » de plusieurs sectes « évangéliques » les ont convertis en des véritables « pompes à l’argent » au bénéfice de milliers de « pasteurs » devenues des « éducateurs » des municipalités les plus pauvres.
Le fait de l’extraordinaire progression des sectes évangéliques est le résultat direct de la complète défiscalisation des temples, qui aujourd’hui représentent plusieurs fois le nombre des localités officielles. Le Brésil possède autour de 5.570 municipalités – leur nombre s’est accru énormément depuis la Constitution de 1988, qui leur a attribué certains avantages financiers – et plus de 150 mille temples et églises évangéliques, soit, plusieurs dizaines pour chaque mairie, toutes complètement exemptes d’impôts. Elles continuent de multiplier. D’autre part, moins de la moitié de ces municipes produisent des ressources propres pour leur fonctionnement normal : soit, ils dépendent des transferts fédéraux, à plusieurs titres, ainsi que des aides sociales (Bourse Famille), des pensions des retraités, de subsides divers (gaz, énergie, coupons alimentation, transports etc.)
Mais les « nouvelles » les plus extraordinaires concernent les partis eux-mêmes, qui sont déjà au bénéfice de deux Fonds, l’un pour chaque parti ayant de la représentation au Congrès – et ils approché plus de 25 il y a quelques années, parmi plus de 38 enregistrés au Tribunal Supérieur Électoral –, un autre Fond, dédié directement aux élections, où plusieurs millions sont à la disposition pour la propagande pendant les campagnes, chaque deux ans. Le « coup » le plus exceptionnel a été porté contre la troisième présidence du PT (2011-2014, sous Dilma Rousseff), quand les partis ont réussi à rendre obligatoires les dotations budgétaires que les parlementaires peuvent présenter sous le couvert des amendements au Budget général ; ces amendements se sont multipliés depuis lors, sous des différentes formes – individuelles, des partis, des commissions législatives, des leaders de groupes politiques – et représentent aujourd’hui une source importante de corruption disséminée, au point où les élus fédéraux – députés et sénateurs – se sont converti en véritables « échevins fédéraux », puisque ces subsides vont directement à de petites municipalités, avec très peu de contrôles des tribunaux de comptes des états ou de l’Union elle-même.
Cette manne gigantesque qui va du Budget fédéral aux coins les plus reculés du pays a provoqué une mutation significative dans l’action des partis envers la gouvernance normale dans une démocratie digne de ce nom : elle a pratiquement stoppé le marchandage qui était la pratique coutumière à chaque législature entre le Pouvoir Exécutif et le Législatif. Les partis, contrôlés par des caciques régionaux, ainsi que les élus eux-mêmes, n’ont plus à lutter pour des projets inscrits dans le planning budgétaire du gouvernement fédéral : il suffit de faire un amendement pour des « soins de santé » ou voués à des « travaux d’infrastructure » dans leurs districts de base pour que l’argent vient irriguer des réalisations douteuses (la moitié étant déviée, bien sûr). Aux élections de 2026, plusieurs partis n’ont même pas voulu présenter des candidats aux présidentielles – individuellement ou en colligations – pour avoir le bénéfice du Fonds Électoral : ils n’en ont pas besoin, puisque l’argent est déjà là. Avec les « temples évangéliques » – un grand nombre appartenant à des élus locaux ou nationaux – il est apparu au Brésil un « quatrième » ou « cinquième » pouvoir, aussi corrompu que des milices mafieuses – qui se sont aussi multiplié dans plusieurs capitales et grandes villes – qui sucent autant d’argent que le trafic de drogues, d’armes ou les évasions fiscales criminelles créées par une législation tributaire extrêmement complexe et anormalement lourde (le Brésil a une charge fiscale sur le PIB à la hauteur de la moyenne de l’OCDE, pour un revenu par tête cinq fois inférieur, en fait dix points en plus que les autres pays en développement).
Dans les élections d’Octobre au Brésil, plus que la « polarisation » entre Droite et Gauche, c’est tout le système politique brésilien qui est dans un piteux état depuis les dernières années, ce qui est un autre problème, tout à fait national, à côté des agissements de Trump pour mettre l’Amérique Latine sous sa domination impériale. Le Brésil, avec le Mexique, est le dernier bastion de gauche dans un continent déjà réduit à l’influence du nouvel empereur.
À suivre : Les élections au Brésil entre le premier et le second tour
Paulo Roberto de Almeida
Brasília, 5423, 7 août 2026, 3 p. ; rev. : 2
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