quarta-feira, 22 de julho de 2026

Pourquoi la Russie ne pourra jamais gagner en Ukraine: la corruption, cancer métastasé de l'armée russe - Maxime Marquette (Votre Dose Quotidienne)

Billet : Poutine piégé par son propre système : pourquoi la Russie ne pourra jamais gagner en Ukraine

La corruption : cancer métastasé de l'armée russe

Un système bâti sur le mensonge

Maxime Marquette

Votre Dose Quotidienne, 16 Fev 2026


https://dosequotidienne.ca/2026/02/16/billet-poutine-piege-par-son-propre-systeme-pourquoi-la-russie-ne-pourra-jamais-gagner-en-ukraine


La corruption dans les forces armées russes n’est pas un phénomène

nouveau, mais elle a atteint sous Poutine des proportions proprement

sidérantes qui auraient dû alerter les observateurs bien avant le

premier coup de canon. Les pratiques qui auraient valu des procès en

cour martiale dans n’importe quelle armée professionnelle sont

devenues la norme institutionnelle en Russie, où chaque maillon de la

chaîne logistique représente une opportunité de gain personnel aux

dépens de l’efficacité militaire. Cette corruption n’épargne aucun

secteur, du simple soldat qui revend son carburant sur le marché noir

aux généraux qui siphonnent les budgets d’équipement pour s’offrir

des dachas luxueuses et des comptes en Suisse.

Les témoignages recueillis depuis le début du conflit sont éloquents sur

l’étendue du désastre. Des colonnes entières de véhicules se sont

retrouvées à court de carburant à quelques dizaines de kilomètres de

leur base de départ, non pas parce que les réserves n’existaient pas,

mais parce que les officiers responsables de la logistique avaient

revendu le précieux liquide bien avant que les premiers chars ne

prennent la route. Des unités d’élite censées bénéficier des meilleurs

équipements se sont retrouvées avec des gilets pare-balles expirés, des

jumelles de vision nocturne inopérantes et des systèmes de

communication incapables de fonctionner au-delà de quelques

centaines de mètres. L’argent était là, alloué par le budget de l’État,

mais il n’a jamais atteint sa destination finale, dévoré par une clique de

profiteurs qui prospèrent sur l’incompétence généralisée.

Cette corruption généralisée n’est pas qu’une simple question d’argent

détourné, elle représente une trahison envers chaque soldat envoyé au

front avec un équipement défaillant, chaque famille qui attend le retour

d’un proche parti se battre avec des armes inférieures à celles

1promises. Le système russe a sacrifié ses propres enfants sur l’autel du

profit personnel, et c’est peut-être le crime le plus impardonnable de

cette guerre.


Les conséquences mortelles sur le terrain

L’impact de cette prédation institutionnalisée se mesure en vies

humaines sur le terrain ukrainien. Les rapports font état de soldats

russes contraints de pourchasser les pigeons pour se nourrir, de vider

les fermes environnantes de leurs animaux pour éviter la famine,

pendant que les officiers supérieurs continuaient de profiter des

confortables allocations de terrain. Cette situation grotesque rappelle

les pires moments des campagnes napoléoniennes, sauf que Napoléon

avait au moins l’excuse de la distance et de l’hostilité du terrain, tandis

que les forces russes opèrent à quelques centaines de kilomètres de

leurs bases, sur un territoire dont les infrastructures n’ont pas été

totalement détruites.


Logistique et approvisionnement : le talon d'Achille mortel

Une chaîne d’approvisionnement brisée

La logistique militaire est souvent décrite comme l’art de faire arriver

les bonnes choses au bon endroit au bon moment, et c’est précisément

dans cet art que l’armée russe a brillé par son incompétence totale. Les

rapports des instituts de recherche occidentaux, notamment le

Chatham House et le Royal United Services Institute, ont documenté

avec précision l’effondrement progressif de la capacité russe à

maintenir ses lignes d’approvisionnement. Ce qui devrait être la base

fondamentale de toute opération militaire moderne s’est transformé en

un casse-tête insurmontable pour un État qui prétendait pouvoir

projeter sa puissance sur plusieurs continents.

Les problèmes logistiques russes s’inscrivent dans une tradition

historique de négligence organisationnelle, mais ils ont été

considérablement aggravés par les sanctions internationales qui ont

privé l’industrie militaire russe de composants essentiels. Les chaînes

de production d’équipements de haute technologie dépendaient

massivement d’importations occidentales que Moscou ne peut plus se

procurer légalement. Cette dépendance, jamais admise publiquement,

a révélé au grand jour l’incapacité de l’industrie russe à produire de

manière autonome les composants électroniques, les systèmes optiques

et les matériaux avancés nécessaires aux armements modernes. Les

usines tournent au ralenti, les ingénieurs qualifiés fuient le pays, et les

2tentatives de contourner les sanctions par des circuits parallèles ne

suffisent pas à combler les besoins.

Il y a une ironie cruelle à voir la Russie, héritière d’une industrie

militaire soviétique qui fut jadis l’envie du monde entier, réduite à

mendier des drones iraniens et des munitions nord-coréennes pour

maintenir son effort de guerre. Le géant aux pieds d’argile n’a jamais

été aussi fragile, et chaque mois qui passe révèle de nouvelles fissures

dans une structure que la propagande s’acharnait à présenter comme

indestructible.


Le piège de l’attrition

La stratégie russe s’est progressivement enlisée dans une guerre

d’attrition que Moscou n’avait absolument pas anticipée et pour

laquelle elle n’était pas préparée. Les planificateurs militaires russes

avaient conçu leurs opérations pour un conflit court, intense, se

terminant par une victoire rapide qui aurait légitimé l’ensemble de

l’entreprise aux yeux de la population et de la communauté

internationale. Au lieu de cela, l’armée russe se retrouve engagée dans

une guerre de positions qui épuise ses ressources humaines et

matérielles à un rythme insoutenable, sans perspective de percée

décisive. Cette transformation d’un conflit censé être éclair en une

guerre d’usure interminable représente l’un des plus graves échecs

stratégiques de l’histoire militaire moderne.


L'échec des réformes militaires : une modernisation fantôme

Les promesses non tenues du programme 2011-2020

Le programme de modernisation lancé en 2011 devait être la pierre

angulaire de la renaissance militaire russe, transformant une armée

soviétique vieillissante en une force moderne capable de projeter sa

puissance au-delà des frontières. Dix ans plus tard, les résultats parlent

d’eux-mêmes : une grande partie des équipements présentés comme

nouveaux étaient en réalité d’anciens modèles légèrement modernisés,

et les systèmes véritablement innovants annoncés avec fracas restaient

invisibles sur le terrain. Cette situation s’explique par la conjonction de

plusieurs facteurs : la corruption endémique qui a détourné les budgets

d’équipement, l’incompétence industrielle qui a retardé les

programmes de développement, et le conservatisme des états-majors

qui a préféré les équipements familiers aux systèmes plus performants

mais moins bien maîtrisés.


3Les exemples d’équipements qui n’ont jamais atteint les unités de

première ligne sont légion. Les nouveaux chars T-14 Armata, présentés

comme les plus avancés au monde lors des parades de la Victoire,

brillent par leur absence sur le front ukrainien, leurs systèmes trop

complexes et trop coûteux ayant été jugés impossibles à déployer en

nombre suffisant. Les systèmes de communication modernes qui

devaient permettre une coordination parfaite entre les différentes

unités se sont révélés inexistants ou inopérants, obligeant les

commandants à utiliser des réseaux civils facilement interceptés par les

Ukrainiens. Les drones de combat qui devaient donner à la Russie une

supériorité aérienne sans précédent ont été supplantés par des engins

iraniens importés en urgence pour combler les lacunes d’une industrie

nationale incapable de produire des plateformes compétitives.

Cette incapacité à honorer les promesses de modernisation révèle

quelque chose de profondément dysfonctionnel dans le système russe :

un écart permanent entre les ambitions affichées et les capacités

réelles, entre la propagande et la réalité, entre ce que le pays prétend

être et ce qu’il est vraiment. Ce n’est pas simplement un échec

industriel ou militaire, c’est l’échec d’un modèle entier de gouvernance.


L’industrie de défense en déliquescence

Les arsenaux russes qui produisaient jadis des armes utilisées dans le

monde entier traversent une crise sans précédent qui menace leur

existence même. Les sanctions occidentales ont coupé l’accès aux

composants essentiels, les ingénieurs qualifiés ont fui le pays par

milliers, et les investissements dans la recherche et le développement

ont été sacrifiés au profit d’une production de masse d’équipements

obsolètes. Cette situation crée un cercle vicieux : plus l’industrie

produit des équipements dépassés, moins elle est capable de

développer des systèmes compétitifs, et plus l’armée dépend

d’équipements qui la rendent vulnérable face à des adversaires

technologiquement supérieurs.


L'impasse stratégique : une victoire impossible

L’erreur fondamentale de sous-estimation

Les experts du Royal United Services Institute ont parfaitement

résumé l’erreur fondamentale du Kremlin dans leur assessment : les

Russes ont surestimé leurs propres capacités tout en sous-estimant

spectaculairement les Ukrainiens, aveuglés par une vision raciste et

impérialiste qui considérait les Ukrainiens comme des « petits Russes

», un peuple inférieur incapable de résister à la puissance militaire de

leur grand voisin. Ce mépris, ancré dans des décennies de propagande

4impériale, a conduit à une planification désastreuse qui n’a jamais

envisagé sérieusement la possibilité d’une résistance prolongée. Les

opérateurs russes ont été envoyés au combat avec des ordres de ne pas

tirer, convaincus que la population ukrainienne les accueillerait en

libérateurs, une erreur d’appréciation qui a coûté cher en vies

humaines et en équipements dès les premiers jours du conflit.

Cette erreur d’appréciation n’était pas qu’une simple question de

renseignement défaillant, elle reflétait une culture institutionnelle

incapable de concevoir que des peuples anciennement soumis puissent

développer une identité nationale distincte et une volonté de défense

farouche. Les planificateurs russes ont projeté leurs propres fantasmes

impériaux sur la réalité ukrainienne, imaginant un pays divisé, une

armée démotivée, une population prête à se soumettre. Chacun de ces

présupposés s’est heurté à une réalité radicalement différente,

transformant ce qui devait être une promenade militaire en une

épreuve de force dont la Russie ne sortira pas intacte.

Cette arrogante sous-estimation de l’adversaire rappelle les pires

moments de l’histoire militaire, ces moments où des puissances

convaincues de leur supériorité intrinsèque se heurtent à la dure réalité

d’un ennemi qui refuse de jouer le rôle qu’on lui a assigné. La

résistance ukrainienne restera dans les annales comme un exemple

lumineux de ce qu’un peuple déterminé peut accomplir face à un

agresseur techniquement supérieur mais moralement vide.


L’impossibilité d’une victoire conventionnelle

Trois ans après le début des hostilités, la victoire conventionnelle que

Poutine avait promise est devenue un objectif manifestement

impossible à atteindre. L’armée russe a démontré son incapacité à

percer les lignes de défense ukrainiennes de manière décisive, à

maintenir des avancées territoriales significatives, ou à détruire la

capacité de résistance adverse malgré des ressources théoriquement

supérieures. Chaque tentative d’offensive majeure s’est soldée par des

pertes considérées pour des gains territoriaux minimes, transformant

le conflit en une guerre de positions où les deux camps s’épuisent sans

qu’aucun ne puisse prétendre à une victoire décisive.


Les conséquences économiques : une Russie appauvrie

Le spectre de l’effondrement soviétique

Les services de renseignement ukrainiens ont dressé un parallèle

saisissant entre la situation économique actuelle de la Russie et la crise

qui a précédé l’effondrement de l’Union soviétique. Si l’échelle des

5problèmes actuels reste inférieure à celle des années 1990, la

trajectoire est identique : des difficultés financières croissantes

masquées par l’endettement, une économie de plus en plus dépendante

de l’exportation de matières premières, une fuite des capitaux et des

talents qui prive le pays de ses forces vives. Cette comparaison n’est pas

qu’une simple analogie, elle reflète une réalité économique où la Russie

s’engage dans une spirale de déclin qui pourrait s’avérer irréversible si

les tendances actuelles se poursuivent.

Les sanctions économiques imposées par l’Occident ont accéléré un

processus de marginalisation économique qui était déjà en cours avant

le conflit. La Russie s’est retrouvée coupée des marchés financiers

internationaux, privée d’accès aux technologies occidentales,

contrainte de restructurer l’ensemble de ses chaînes

d’approvisionnement vers des partenaires asiatiques moins exigeants

mais aussi moins fiables. Cette réorientation forcée a un coût

considérable en termes de compétitivité économique, de qualité des

produits disponibles, et de capacité d’innovation à long terme. Le pays

qui ambitionnait de devenir une puissance technologique alternative à

l’Occident se retrouve transformé en un fournisseur secondaire de

ressources naturelles pour les économies chinoise et indienne en pleine

expansion.

Il y a quelque chose de profondément triste dans ce déclin économique

d’un pays qui avait tous les atouts pour prospérer : des ressources

naturelles immenses, une population éduquée, une tradition

scientifique respectable. Ces atouts ont été gaspillés par un système

incapable de les valoriser, une gouvernance qui a préféré

l’enrichissement immédiat d’une élite corrompue au développement

durable du pays tout entier.


L’avenir économique bouché

Les perspectives économiques à long terme de la Russie sont parmi les

plus sombres de son histoire récente, avec une combinaison de facteurs

qui s’alimentent mutuellement pour créer une spirale négative difficile

à inverser. La fuite des cerveaux a privé le pays d’une partie

significative de sa main-d’œuvre qualifiée, les investissements

étrangers ont fui un environnement devenu trop risqué, et la

dépendance croissante envers la Chine transforme progressivement la

Russie en un État vassal économique de son puissant voisin asiatique.

Cette situation représente un échec stratégique majeur pour un pays

qui ambitionnait de redevenir une puissance mondiale autonome.


L'impératif impérial : une menace persistante

6Une ambition qui ne mourra pas

Même si la Russie sortait du conflit ukrainien dans un état

considérablement affaibli, son impulsion impériale ne disparaîtra pas

avec les échecs militaires. Cette ambition de domination régionale est

ancrée dans l’ADN de l’État russe depuis des siècles, alimentée par une

vision du monde qui considère les pays voisins comme des zones

d’influence légitimes plutôt que des souverainetés indépendantes. Les

experts s’accordent à dire que seule l’effondrement complète de l’État

russe pourrait mettre fin à cette dynamique expansionniste, une

perspective qui reste improbable même dans les scénarios les plus

pessimistes pour Moscou. La paix durable en Europe de l’Est

nécessitera donc une vigilance permanente et des garanties de sécurité

robustes pour les pays frontaliers de la Russie.

Cependant, les capacités militaires russes ont été suffisamment

dégradées par le conflit ukrainien pour rendre improbable toute

tentative d’agression contre les pays baltes ou la Pologne dans un

avenir prévisible. Les pertes en équipements modernes, en personnel

entraîné et en ressources financières ont repoussé de plusieurs

décennies la capacité russe à projeter sa puissance militaire contre un

adversaire de niveau comparable. Cette dégradation n’élimine pas la

menace à long terme, mais elle offre une fenêtre d’opportunité cruciale

pour les pays de l’OTAN afin de renforcer leurs défenses et de

consolider leur dissuasion face à une Russie qui restera dangereuse

malgré ses faiblesses apparentes.

Cette réalité d’une Russie affaiblie mais toujours dangereuse oblige

l’Occident à maintenir une vigilance que l’histoire a trop souvent

démontrée nécessaire. Les cycles d’expansion et de repli de la

puissance russe font partie de l’ADN européen depuis des siècles, et

l’erreur serait de croire que la défaite actuelle sonne le glas définitif des

ambitions impériales moscovites.

La nécessité d’une présence occidentale

Les experts du Royal United Services Institute ont souligné un point

crucial : la seule manière d’assurer une paix viable en Ukraine serait le

déploiement de troupes de l’OTAN comme force de dissuasion contre

toute nouvelle agression russe. Sans cette garantie concrète, les

Ukrainiens n’auraient aucune raison de croire en la pérennité de leur

État, et les investissements nécessaires à la reconstruction du pays

deviendraient impossibles à justifier. Cette présence occidentale ne

serait pas une provocation mais une réponse nécessaire à une

agression qui a démontré sa réalité par trois ans de conflit destructeur.


L'Occident face à ses responsabilités

Ne pas céder au chantage

L’un des enseignements les plus importants de ce conflit est la

nécessité pour l’Occident de ne pas céder au chantage nucléaire et aux

menaces d’escalade systématiquement brandies par le Kremlin. La

Russie a développé une rhétorique de l’intimidation qui menace

régulièrement de conséquences catastrophiques en cas de soutien

occidental à l’Ukraine, une stratégie qui a fonctionné pendant des

années pour limiter l’engagement des puissances occidentales. Or, cette

intimidation repose largement sur du bluff, comme l’a démontré le fait

que chaque escalade de l’aide militaire occidentale n’a jamais

déclenché les représailles massives promises par Moscou. Reconnaître

cette réalité est essentiel pour définir une politique de soutien à

l’Ukraine qui ne se laisse paralyser par des menaces creuses.

Le rapport du European Council on Foreign Relations publié en janvier

2026 a parfaitement résumé cette nécessité : l’Occident doit cesser de

croire au mythe de l’invincibilité russe et exploiter les faiblesses du

Kremlin pour obtenir une négociation authentique plutôt qu’une

capitulation déguisée. Cette approche implique de maintenir et

d’augmenter le soutien militaire à l’Ukraine, de renforcer les sanctions

économiques contre la Russie, et de démontrer clairement que la

patience occidentale n’est pas illimitée mais que la détermination à

soutenir un allié agressé reste intacte. C’est seulement par cette

démonstration de résolution que Moscou peut être contraint à des

négociations sincères.

Le moment est venu pour l’Occident de comprendre que la fermeté

n’est pas une provocation mais une nécessité, que céder au chantage ne

fait qu’encourager de nouvelles exigences, et que la crédibilité des

démocraties est en jeu dans leur capacité à soutenir un peuple qui

défend ses valeurs face à l’agression. L’Ukraine ne demande pas que

l’on combatte à sa place, mais qu’on lui donne les moyens de se

défendre.


Doubler les efforts pour la victoire ukrainienne

La conclusion des experts est sans appel : l’Occident doit doubler son

soutien à l’Ukraine plutôt que de chercher des accommodements avec

un régime qui n’a jamais respecté ses engagements internationaux.

Cette approche n’est pas simplement une question de solidarité avec un

allié agressé, elle répond à un impératif stratégique de longue portée

pour la sécurité européenne. Une Russie qui sortirait du conflit avec

des gains territoriaux validés par un accord de paix précipité serait

8encouragée à reproduire le même scénario contre d’autres voisins,

tandis qu’une Russie confrontée à un échec clair serait forcée de

reconsidérer ses ambitions expansionnistes. Le choix occidental entre

ces deux scénarios déterminera la configuration de la sécurité

européenne pour les décennies à venir.


Les leçons militaires du conflit

L’importance de la logistique

Ce conflit a cruellement démontré l’importance de la logistique

militaire dans les opérations modernes, une leçon que les armées

occidentales avaient tendance à sous-estimer dans un contexte de

projection de puissance lointaine. Les Russes ont échoué non pas parce

qu’ils manquaient d’armes sophistiquées, mais parce qu’ils ont été

incapables d’acheminer les munitions, le carburant et les pièces de

rechange nécessaires aux opérations soutenues. Cette carence a

transformé ce qui aurait pu être des offensives décisives en avancées

timides suivies de replis humiliants, chaque poussée étant limitée par

l’incapacité à maintenir les lignes d’approvisionnement. Les armées

occidentales, qui ont pris l’habitude de combats de haute intensité mais

de courte durée au Moyen-Orient, doivent tirer les leçons de ce conflit

pour leurs propres doctrines d’approvisionnement.

L’importance des drones et des systèmes de surveillance a également

été soulignée par ce conflit, qui a vu l’émergence d’une forme de

combat où chaque mouvement peut être détecté et frappé en temps

réel. Les armées russes et ukrainiennes ont dû adapter leurs tactiques à

cette nouvelle réalité, renonçant aux mouvements de masse au profit

d’actions dispersées et camouflées. Cette évolution impose une

révolution doctrinale que les armées occidentales n’ont pas encore

pleinement intégrée, et qui nécessite des investissements considérables

en contre-mesures électroniques et en systèmes de protection active

pour les véhicules terrestres.

Cette évolution technologique du champ de bataille représente à la fois

un défi et une opportunité pour les armées occidentales. Un défi parce

que les équipements actuels n’ont pas été conçus pour ce type

d’environnement saturé de drones et de senseurs. Une opportunité

parce que les démocraties occidentales possèdent les capacités

technologiques et industrielles pour développer les solutions de

demain, à condition d’investir maintenant plutôt que d’attendre d’être

confrontées au même type de menace.


La résilience ukrainienne comme modèle

9La résistance ukrainienne a démontré qu’une nation déterminée

pouvait compenser une infériorité numérique et technologique par une

supériorité morale et organisationnelle. Les Ukrainiens ont su adapter

leurs tactiques, exploiter les faiblesses adverses, et maintenir une

cohésion nationale malgré les pertes et les destructions massives. Cette

résilience offre des enseignements précieux pour tous les pays qui

pourraient se trouver confrontés à une agression similaire et qui

doivent planifier leur défense en conséquence. L’importance de la

préparation de la population, de la formation des réservistes, de la

dispersion des stocks militaires, et de la planification de la résistance

en territoire occupé a été cruellement démontrée par ce conflit.


Le prix humain d'une guerre inutile

Les victimes oubliées

Derrière les analyses stratégiques et les considérations géopolitiques, il

ne faut jamais perdre de vue le prix humain effroyable de cette guerre

qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Des centaines de milliers de soldats

russes et ukrainiens ont perdu la vie, des millions de civils ont été

déplacés, des villes entières ont été rasées, des familles ont été

déchirées par des lignes de front qui traversent des communautés

autrefois unies. Ces souffrances ne sont pas des dommages collatéraux

inévitables d’un conflit nécessaire, mais le résultat direct d’une

aventure militariste lancée par un régime qui a sciemment sacrifié des

vies humaines pour des ambitions de grandeur délirantes.

Les crimes de guerre documentés sur le territoire ukrainien ajoutent

une dimension supplémentaire à cette tragédie humaine. Les

exécutions sommaires, les déportations forcées, les bombardements

indiscriminés des zones résidentielles, les actes de torture et de

violence sexuelle perpétrés par les forces russes constituent une

souillure morale qui ne sera pas effacée par un accord de paix. Ces

actes exigent une justice que les victimes sont en droit d’attendre, et

dont l’absence constituerait une victoire supplémentaire pour

l’impunité dont bénéficient les puissants qui lancent des guerres sans

jamais en subir eux-mêmes les conséquences.

Cette guerre a créé une génération d’orphelins, de veuves, de blessés à

vie dont les cicatrices ne guériront jamais vraiment. Ces victimes

méritent que le monde se souvienne d’elles, que leur sacrifice ne soit

pas oublié derrière les négociations diplomatiques et les calculs

géopolitiques. Chaque vie perdue est un monde détruit, et le devoir de

mémoire est le minimum que nous devons à ceux qui ont souffert pour

les errements d’un dictateur.


10Les cicatrices durables

Même après la fin des hostilités, les séquelles de cette guerre

perdureront pendant des générations. Les traumatismes

psychologiques, les invalidités permanentes, les destructions

environnementales, la contamination des sols par les munitions et les

mines créeront des obstacles au développement de l’Ukraine pour des

décennies. La reconstruction du pays nécessitera des investissements

considérables que la communauté internationale aura la responsabilité

d’assumer, non pas par charité mais par solidarité avec une nation qui

a défendu des valeurs communes face à une agression injustifiée.


Conclusion : Un avenir à construire ensemble

L’espoir malgré tout

Malgré l’ampleur des destructions et la gravité des défis qui attendent

l’Ukraine et l’Europe, il reste des raisons d’espérer. La détermination

ukrainienne n’a jamais faibli, la solidarité occidentale s’est révélée plus

robuste que prévu, et la Russie a démontré ses faiblesses de manière

irréfutable. Ces éléments offrent une base pour construire un avenir où

l’agression ne paie pas, où les frontières ne peuvent être redessinées

par la force, et où les peuples ont le droit de choisir leur propre destin.

Cette vision n’est pas une utopie naïve mais un objectif réaliste si

l’Occident maintient sa résolution et refuse de céder aux pressions du

Kremlin.

Le chemin vers la paix durable sera long et difficile, semé d’obstacles et

de rechutes possibles. Il nécessitera une vigilance constante, des

investissements militaires soutenus, une coopération renforcée entre

alliés occidentaux, et une détermination inébranlable à ne pas

abandonner les Ukrainiens à leur sort. Mais l’alternative, une

capitulation face à l’agression qui encouragerait d’autres aventures

similaires, est inacceptable. L’histoire jugera les dirigeants occidentaux

sur leur capacité à rester fidèles aux valeurs qu’ils prétendent défendre,

et les peuples d’Europe sur leur solidarité envers une nation qui a payé

le prix fort pour sa liberté.

Le combat de l’Ukraine est le combat de tous ceux qui croient que la

liberté vaut mieux que la soumission, que le droit doit primer sur la

force, que les peuples ont le droit de décider de leur propre avenir. Ce

combat n’est pas terminé, mais chaque jour qui passe confirme que la

cause de la liberté, aussi difficile soit-elle à défendre, reste la seule qui

vaille la peine d’être menée jusqu’au bout.


La responsabilité de l’Occident

11L’Occident porte une responsabilité historique dans l’issue de ce

conflit, une responsabilité qui va bien au-delà des intérêts

géopolitiques immédiats. Les valeurs de liberté, de démocratie et de

droit international que l’Ukraine défend sont celles que les démocraties

occidentales prétendent incarner. Abandonner l’Ukraine ce serait

trahir ces valeurs et admettre qu’elles ne valent que lorsqu’elles ne

coûtent rien. Soutenir l’Ukraine jusqu’à la victoire, en revanche, ce

serait affirmer que ces valeurs ont un prix et que les démocraties sont

prêtes à le payer pour les défendre. Ce choix définira le monde de

demain, et l’histoire n’oubliera pas ceux qui auront eu le courage de

faire le bon.

Le moment est venu de choisir son camp, non pas entre l’Est et l’Ouest,

mais entre le droit et la force, entre la liberté et la soumission, entre un

avenir où les peuples décident de leur destin et un monde où les

dictateurs imposent leur volonté par les armes. L’Ukraine a fait son

choix avec une clarté exemplaire. À l’Occident d’honorer le sien.


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