Billet : Poutine piégé par son propre système : pourquoi la Russie ne pourra jamais gagner en Ukraine
La corruption : cancer métastasé de l'armée russe
Un système bâti sur le mensonge
Maxime Marquette
Votre Dose Quotidienne, 16 Fev 2026
La corruption dans les forces armées russes n’est pas un phénomène
nouveau, mais elle a atteint sous Poutine des proportions proprement
sidérantes qui auraient dû alerter les observateurs bien avant le
premier coup de canon. Les pratiques qui auraient valu des procès en
cour martiale dans n’importe quelle armée professionnelle sont
devenues la norme institutionnelle en Russie, où chaque maillon de la
chaîne logistique représente une opportunité de gain personnel aux
dépens de l’efficacité militaire. Cette corruption n’épargne aucun
secteur, du simple soldat qui revend son carburant sur le marché noir
aux généraux qui siphonnent les budgets d’équipement pour s’offrir
des dachas luxueuses et des comptes en Suisse.
Les témoignages recueillis depuis le début du conflit sont éloquents sur
l’étendue du désastre. Des colonnes entières de véhicules se sont
retrouvées à court de carburant à quelques dizaines de kilomètres de
leur base de départ, non pas parce que les réserves n’existaient pas,
mais parce que les officiers responsables de la logistique avaient
revendu le précieux liquide bien avant que les premiers chars ne
prennent la route. Des unités d’élite censées bénéficier des meilleurs
équipements se sont retrouvées avec des gilets pare-balles expirés, des
jumelles de vision nocturne inopérantes et des systèmes de
communication incapables de fonctionner au-delà de quelques
centaines de mètres. L’argent était là, alloué par le budget de l’État,
mais il n’a jamais atteint sa destination finale, dévoré par une clique de
profiteurs qui prospèrent sur l’incompétence généralisée.
Cette corruption généralisée n’est pas qu’une simple question d’argent
détourné, elle représente une trahison envers chaque soldat envoyé au
front avec un équipement défaillant, chaque famille qui attend le retour
d’un proche parti se battre avec des armes inférieures à celles
1promises. Le système russe a sacrifié ses propres enfants sur l’autel du
profit personnel, et c’est peut-être le crime le plus impardonnable de
cette guerre.
Les conséquences mortelles sur le terrain
L’impact de cette prédation institutionnalisée se mesure en vies
humaines sur le terrain ukrainien. Les rapports font état de soldats
russes contraints de pourchasser les pigeons pour se nourrir, de vider
les fermes environnantes de leurs animaux pour éviter la famine,
pendant que les officiers supérieurs continuaient de profiter des
confortables allocations de terrain. Cette situation grotesque rappelle
les pires moments des campagnes napoléoniennes, sauf que Napoléon
avait au moins l’excuse de la distance et de l’hostilité du terrain, tandis
que les forces russes opèrent à quelques centaines de kilomètres de
leurs bases, sur un territoire dont les infrastructures n’ont pas été
totalement détruites.
Logistique et approvisionnement : le talon d'Achille mortel
Une chaîne d’approvisionnement brisée
La logistique militaire est souvent décrite comme l’art de faire arriver
les bonnes choses au bon endroit au bon moment, et c’est précisément
dans cet art que l’armée russe a brillé par son incompétence totale. Les
rapports des instituts de recherche occidentaux, notamment le
Chatham House et le Royal United Services Institute, ont documenté
avec précision l’effondrement progressif de la capacité russe à
maintenir ses lignes d’approvisionnement. Ce qui devrait être la base
fondamentale de toute opération militaire moderne s’est transformé en
un casse-tête insurmontable pour un État qui prétendait pouvoir
projeter sa puissance sur plusieurs continents.
Les problèmes logistiques russes s’inscrivent dans une tradition
historique de négligence organisationnelle, mais ils ont été
considérablement aggravés par les sanctions internationales qui ont
privé l’industrie militaire russe de composants essentiels. Les chaînes
de production d’équipements de haute technologie dépendaient
massivement d’importations occidentales que Moscou ne peut plus se
procurer légalement. Cette dépendance, jamais admise publiquement,
a révélé au grand jour l’incapacité de l’industrie russe à produire de
manière autonome les composants électroniques, les systèmes optiques
et les matériaux avancés nécessaires aux armements modernes. Les
usines tournent au ralenti, les ingénieurs qualifiés fuient le pays, et les
2tentatives de contourner les sanctions par des circuits parallèles ne
suffisent pas à combler les besoins.
Il y a une ironie cruelle à voir la Russie, héritière d’une industrie
militaire soviétique qui fut jadis l’envie du monde entier, réduite à
mendier des drones iraniens et des munitions nord-coréennes pour
maintenir son effort de guerre. Le géant aux pieds d’argile n’a jamais
été aussi fragile, et chaque mois qui passe révèle de nouvelles fissures
dans une structure que la propagande s’acharnait à présenter comme
indestructible.
Le piège de l’attrition
La stratégie russe s’est progressivement enlisée dans une guerre
d’attrition que Moscou n’avait absolument pas anticipée et pour
laquelle elle n’était pas préparée. Les planificateurs militaires russes
avaient conçu leurs opérations pour un conflit court, intense, se
terminant par une victoire rapide qui aurait légitimé l’ensemble de
l’entreprise aux yeux de la population et de la communauté
internationale. Au lieu de cela, l’armée russe se retrouve engagée dans
une guerre de positions qui épuise ses ressources humaines et
matérielles à un rythme insoutenable, sans perspective de percée
décisive. Cette transformation d’un conflit censé être éclair en une
guerre d’usure interminable représente l’un des plus graves échecs
stratégiques de l’histoire militaire moderne.
L'échec des réformes militaires : une modernisation fantôme
Les promesses non tenues du programme 2011-2020
Le programme de modernisation lancé en 2011 devait être la pierre
angulaire de la renaissance militaire russe, transformant une armée
soviétique vieillissante en une force moderne capable de projeter sa
puissance au-delà des frontières. Dix ans plus tard, les résultats parlent
d’eux-mêmes : une grande partie des équipements présentés comme
nouveaux étaient en réalité d’anciens modèles légèrement modernisés,
et les systèmes véritablement innovants annoncés avec fracas restaient
invisibles sur le terrain. Cette situation s’explique par la conjonction de
plusieurs facteurs : la corruption endémique qui a détourné les budgets
d’équipement, l’incompétence industrielle qui a retardé les
programmes de développement, et le conservatisme des états-majors
qui a préféré les équipements familiers aux systèmes plus performants
mais moins bien maîtrisés.
3Les exemples d’équipements qui n’ont jamais atteint les unités de
première ligne sont légion. Les nouveaux chars T-14 Armata, présentés
comme les plus avancés au monde lors des parades de la Victoire,
brillent par leur absence sur le front ukrainien, leurs systèmes trop
complexes et trop coûteux ayant été jugés impossibles à déployer en
nombre suffisant. Les systèmes de communication modernes qui
devaient permettre une coordination parfaite entre les différentes
unités se sont révélés inexistants ou inopérants, obligeant les
commandants à utiliser des réseaux civils facilement interceptés par les
Ukrainiens. Les drones de combat qui devaient donner à la Russie une
supériorité aérienne sans précédent ont été supplantés par des engins
iraniens importés en urgence pour combler les lacunes d’une industrie
nationale incapable de produire des plateformes compétitives.
Cette incapacité à honorer les promesses de modernisation révèle
quelque chose de profondément dysfonctionnel dans le système russe :
un écart permanent entre les ambitions affichées et les capacités
réelles, entre la propagande et la réalité, entre ce que le pays prétend
être et ce qu’il est vraiment. Ce n’est pas simplement un échec
industriel ou militaire, c’est l’échec d’un modèle entier de gouvernance.
L’industrie de défense en déliquescence
Les arsenaux russes qui produisaient jadis des armes utilisées dans le
monde entier traversent une crise sans précédent qui menace leur
existence même. Les sanctions occidentales ont coupé l’accès aux
composants essentiels, les ingénieurs qualifiés ont fui le pays par
milliers, et les investissements dans la recherche et le développement
ont été sacrifiés au profit d’une production de masse d’équipements
obsolètes. Cette situation crée un cercle vicieux : plus l’industrie
produit des équipements dépassés, moins elle est capable de
développer des systèmes compétitifs, et plus l’armée dépend
d’équipements qui la rendent vulnérable face à des adversaires
technologiquement supérieurs.
L'impasse stratégique : une victoire impossible
L’erreur fondamentale de sous-estimation
Les experts du Royal United Services Institute ont parfaitement
résumé l’erreur fondamentale du Kremlin dans leur assessment : les
Russes ont surestimé leurs propres capacités tout en sous-estimant
spectaculairement les Ukrainiens, aveuglés par une vision raciste et
impérialiste qui considérait les Ukrainiens comme des « petits Russes
», un peuple inférieur incapable de résister à la puissance militaire de
leur grand voisin. Ce mépris, ancré dans des décennies de propagande
4impériale, a conduit à une planification désastreuse qui n’a jamais
envisagé sérieusement la possibilité d’une résistance prolongée. Les
opérateurs russes ont été envoyés au combat avec des ordres de ne pas
tirer, convaincus que la population ukrainienne les accueillerait en
libérateurs, une erreur d’appréciation qui a coûté cher en vies
humaines et en équipements dès les premiers jours du conflit.
Cette erreur d’appréciation n’était pas qu’une simple question de
renseignement défaillant, elle reflétait une culture institutionnelle
incapable de concevoir que des peuples anciennement soumis puissent
développer une identité nationale distincte et une volonté de défense
farouche. Les planificateurs russes ont projeté leurs propres fantasmes
impériaux sur la réalité ukrainienne, imaginant un pays divisé, une
armée démotivée, une population prête à se soumettre. Chacun de ces
présupposés s’est heurté à une réalité radicalement différente,
transformant ce qui devait être une promenade militaire en une
épreuve de force dont la Russie ne sortira pas intacte.
Cette arrogante sous-estimation de l’adversaire rappelle les pires
moments de l’histoire militaire, ces moments où des puissances
convaincues de leur supériorité intrinsèque se heurtent à la dure réalité
d’un ennemi qui refuse de jouer le rôle qu’on lui a assigné. La
résistance ukrainienne restera dans les annales comme un exemple
lumineux de ce qu’un peuple déterminé peut accomplir face à un
agresseur techniquement supérieur mais moralement vide.
L’impossibilité d’une victoire conventionnelle
Trois ans après le début des hostilités, la victoire conventionnelle que
Poutine avait promise est devenue un objectif manifestement
impossible à atteindre. L’armée russe a démontré son incapacité à
percer les lignes de défense ukrainiennes de manière décisive, à
maintenir des avancées territoriales significatives, ou à détruire la
capacité de résistance adverse malgré des ressources théoriquement
supérieures. Chaque tentative d’offensive majeure s’est soldée par des
pertes considérées pour des gains territoriaux minimes, transformant
le conflit en une guerre de positions où les deux camps s’épuisent sans
qu’aucun ne puisse prétendre à une victoire décisive.
Les conséquences économiques : une Russie appauvrie
Le spectre de l’effondrement soviétique
Les services de renseignement ukrainiens ont dressé un parallèle
saisissant entre la situation économique actuelle de la Russie et la crise
qui a précédé l’effondrement de l’Union soviétique. Si l’échelle des
5problèmes actuels reste inférieure à celle des années 1990, la
trajectoire est identique : des difficultés financières croissantes
masquées par l’endettement, une économie de plus en plus dépendante
de l’exportation de matières premières, une fuite des capitaux et des
talents qui prive le pays de ses forces vives. Cette comparaison n’est pas
qu’une simple analogie, elle reflète une réalité économique où la Russie
s’engage dans une spirale de déclin qui pourrait s’avérer irréversible si
les tendances actuelles se poursuivent.
Les sanctions économiques imposées par l’Occident ont accéléré un
processus de marginalisation économique qui était déjà en cours avant
le conflit. La Russie s’est retrouvée coupée des marchés financiers
internationaux, privée d’accès aux technologies occidentales,
contrainte de restructurer l’ensemble de ses chaînes
d’approvisionnement vers des partenaires asiatiques moins exigeants
mais aussi moins fiables. Cette réorientation forcée a un coût
considérable en termes de compétitivité économique, de qualité des
produits disponibles, et de capacité d’innovation à long terme. Le pays
qui ambitionnait de devenir une puissance technologique alternative à
l’Occident se retrouve transformé en un fournisseur secondaire de
ressources naturelles pour les économies chinoise et indienne en pleine
expansion.
Il y a quelque chose de profondément triste dans ce déclin économique
d’un pays qui avait tous les atouts pour prospérer : des ressources
naturelles immenses, une population éduquée, une tradition
scientifique respectable. Ces atouts ont été gaspillés par un système
incapable de les valoriser, une gouvernance qui a préféré
l’enrichissement immédiat d’une élite corrompue au développement
durable du pays tout entier.
L’avenir économique bouché
Les perspectives économiques à long terme de la Russie sont parmi les
plus sombres de son histoire récente, avec une combinaison de facteurs
qui s’alimentent mutuellement pour créer une spirale négative difficile
à inverser. La fuite des cerveaux a privé le pays d’une partie
significative de sa main-d’œuvre qualifiée, les investissements
étrangers ont fui un environnement devenu trop risqué, et la
dépendance croissante envers la Chine transforme progressivement la
Russie en un État vassal économique de son puissant voisin asiatique.
Cette situation représente un échec stratégique majeur pour un pays
qui ambitionnait de redevenir une puissance mondiale autonome.
L'impératif impérial : une menace persistante
6Une ambition qui ne mourra pas
Même si la Russie sortait du conflit ukrainien dans un état
considérablement affaibli, son impulsion impériale ne disparaîtra pas
avec les échecs militaires. Cette ambition de domination régionale est
ancrée dans l’ADN de l’État russe depuis des siècles, alimentée par une
vision du monde qui considère les pays voisins comme des zones
d’influence légitimes plutôt que des souverainetés indépendantes. Les
experts s’accordent à dire que seule l’effondrement complète de l’État
russe pourrait mettre fin à cette dynamique expansionniste, une
perspective qui reste improbable même dans les scénarios les plus
pessimistes pour Moscou. La paix durable en Europe de l’Est
nécessitera donc une vigilance permanente et des garanties de sécurité
robustes pour les pays frontaliers de la Russie.
Cependant, les capacités militaires russes ont été suffisamment
dégradées par le conflit ukrainien pour rendre improbable toute
tentative d’agression contre les pays baltes ou la Pologne dans un
avenir prévisible. Les pertes en équipements modernes, en personnel
entraîné et en ressources financières ont repoussé de plusieurs
décennies la capacité russe à projeter sa puissance militaire contre un
adversaire de niveau comparable. Cette dégradation n’élimine pas la
menace à long terme, mais elle offre une fenêtre d’opportunité cruciale
pour les pays de l’OTAN afin de renforcer leurs défenses et de
consolider leur dissuasion face à une Russie qui restera dangereuse
malgré ses faiblesses apparentes.
Cette réalité d’une Russie affaiblie mais toujours dangereuse oblige
l’Occident à maintenir une vigilance que l’histoire a trop souvent
démontrée nécessaire. Les cycles d’expansion et de repli de la
puissance russe font partie de l’ADN européen depuis des siècles, et
l’erreur serait de croire que la défaite actuelle sonne le glas définitif des
ambitions impériales moscovites.
La nécessité d’une présence occidentale
Les experts du Royal United Services Institute ont souligné un point
crucial : la seule manière d’assurer une paix viable en Ukraine serait le
déploiement de troupes de l’OTAN comme force de dissuasion contre
toute nouvelle agression russe. Sans cette garantie concrète, les
Ukrainiens n’auraient aucune raison de croire en la pérennité de leur
État, et les investissements nécessaires à la reconstruction du pays
deviendraient impossibles à justifier. Cette présence occidentale ne
serait pas une provocation mais une réponse nécessaire à une
agression qui a démontré sa réalité par trois ans de conflit destructeur.
7 L'Occident face à ses responsabilités
Ne pas céder au chantage
L’un des enseignements les plus importants de ce conflit est la
nécessité pour l’Occident de ne pas céder au chantage nucléaire et aux
menaces d’escalade systématiquement brandies par le Kremlin. La
Russie a développé une rhétorique de l’intimidation qui menace
régulièrement de conséquences catastrophiques en cas de soutien
occidental à l’Ukraine, une stratégie qui a fonctionné pendant des
années pour limiter l’engagement des puissances occidentales. Or, cette
intimidation repose largement sur du bluff, comme l’a démontré le fait
que chaque escalade de l’aide militaire occidentale n’a jamais
déclenché les représailles massives promises par Moscou. Reconnaître
cette réalité est essentiel pour définir une politique de soutien à
l’Ukraine qui ne se laisse paralyser par des menaces creuses.
Le rapport du European Council on Foreign Relations publié en janvier
2026 a parfaitement résumé cette nécessité : l’Occident doit cesser de
croire au mythe de l’invincibilité russe et exploiter les faiblesses du
Kremlin pour obtenir une négociation authentique plutôt qu’une
capitulation déguisée. Cette approche implique de maintenir et
d’augmenter le soutien militaire à l’Ukraine, de renforcer les sanctions
économiques contre la Russie, et de démontrer clairement que la
patience occidentale n’est pas illimitée mais que la détermination à
soutenir un allié agressé reste intacte. C’est seulement par cette
démonstration de résolution que Moscou peut être contraint à des
négociations sincères.
Le moment est venu pour l’Occident de comprendre que la fermeté
n’est pas une provocation mais une nécessité, que céder au chantage ne
fait qu’encourager de nouvelles exigences, et que la crédibilité des
démocraties est en jeu dans leur capacité à soutenir un peuple qui
défend ses valeurs face à l’agression. L’Ukraine ne demande pas que
l’on combatte à sa place, mais qu’on lui donne les moyens de se
défendre.
Doubler les efforts pour la victoire ukrainienne
La conclusion des experts est sans appel : l’Occident doit doubler son
soutien à l’Ukraine plutôt que de chercher des accommodements avec
un régime qui n’a jamais respecté ses engagements internationaux.
Cette approche n’est pas simplement une question de solidarité avec un
allié agressé, elle répond à un impératif stratégique de longue portée
pour la sécurité européenne. Une Russie qui sortirait du conflit avec
des gains territoriaux validés par un accord de paix précipité serait
8encouragée à reproduire le même scénario contre d’autres voisins,
tandis qu’une Russie confrontée à un échec clair serait forcée de
reconsidérer ses ambitions expansionnistes. Le choix occidental entre
ces deux scénarios déterminera la configuration de la sécurité
européenne pour les décennies à venir.
Les leçons militaires du conflit
L’importance de la logistique
Ce conflit a cruellement démontré l’importance de la logistique
militaire dans les opérations modernes, une leçon que les armées
occidentales avaient tendance à sous-estimer dans un contexte de
projection de puissance lointaine. Les Russes ont échoué non pas parce
qu’ils manquaient d’armes sophistiquées, mais parce qu’ils ont été
incapables d’acheminer les munitions, le carburant et les pièces de
rechange nécessaires aux opérations soutenues. Cette carence a
transformé ce qui aurait pu être des offensives décisives en avancées
timides suivies de replis humiliants, chaque poussée étant limitée par
l’incapacité à maintenir les lignes d’approvisionnement. Les armées
occidentales, qui ont pris l’habitude de combats de haute intensité mais
de courte durée au Moyen-Orient, doivent tirer les leçons de ce conflit
pour leurs propres doctrines d’approvisionnement.
L’importance des drones et des systèmes de surveillance a également
été soulignée par ce conflit, qui a vu l’émergence d’une forme de
combat où chaque mouvement peut être détecté et frappé en temps
réel. Les armées russes et ukrainiennes ont dû adapter leurs tactiques à
cette nouvelle réalité, renonçant aux mouvements de masse au profit
d’actions dispersées et camouflées. Cette évolution impose une
révolution doctrinale que les armées occidentales n’ont pas encore
pleinement intégrée, et qui nécessite des investissements considérables
en contre-mesures électroniques et en systèmes de protection active
pour les véhicules terrestres.
Cette évolution technologique du champ de bataille représente à la fois
un défi et une opportunité pour les armées occidentales. Un défi parce
que les équipements actuels n’ont pas été conçus pour ce type
d’environnement saturé de drones et de senseurs. Une opportunité
parce que les démocraties occidentales possèdent les capacités
technologiques et industrielles pour développer les solutions de
demain, à condition d’investir maintenant plutôt que d’attendre d’être
confrontées au même type de menace.
La résilience ukrainienne comme modèle
9La résistance ukrainienne a démontré qu’une nation déterminée
pouvait compenser une infériorité numérique et technologique par une
supériorité morale et organisationnelle. Les Ukrainiens ont su adapter
leurs tactiques, exploiter les faiblesses adverses, et maintenir une
cohésion nationale malgré les pertes et les destructions massives. Cette
résilience offre des enseignements précieux pour tous les pays qui
pourraient se trouver confrontés à une agression similaire et qui
doivent planifier leur défense en conséquence. L’importance de la
préparation de la population, de la formation des réservistes, de la
dispersion des stocks militaires, et de la planification de la résistance
en territoire occupé a été cruellement démontrée par ce conflit.
Le prix humain d'une guerre inutile
Les victimes oubliées
Derrière les analyses stratégiques et les considérations géopolitiques, il
ne faut jamais perdre de vue le prix humain effroyable de cette guerre
qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Des centaines de milliers de soldats
russes et ukrainiens ont perdu la vie, des millions de civils ont été
déplacés, des villes entières ont été rasées, des familles ont été
déchirées par des lignes de front qui traversent des communautés
autrefois unies. Ces souffrances ne sont pas des dommages collatéraux
inévitables d’un conflit nécessaire, mais le résultat direct d’une
aventure militariste lancée par un régime qui a sciemment sacrifié des
vies humaines pour des ambitions de grandeur délirantes.
Les crimes de guerre documentés sur le territoire ukrainien ajoutent
une dimension supplémentaire à cette tragédie humaine. Les
exécutions sommaires, les déportations forcées, les bombardements
indiscriminés des zones résidentielles, les actes de torture et de
violence sexuelle perpétrés par les forces russes constituent une
souillure morale qui ne sera pas effacée par un accord de paix. Ces
actes exigent une justice que les victimes sont en droit d’attendre, et
dont l’absence constituerait une victoire supplémentaire pour
l’impunité dont bénéficient les puissants qui lancent des guerres sans
jamais en subir eux-mêmes les conséquences.
Cette guerre a créé une génération d’orphelins, de veuves, de blessés à
vie dont les cicatrices ne guériront jamais vraiment. Ces victimes
méritent que le monde se souvienne d’elles, que leur sacrifice ne soit
pas oublié derrière les négociations diplomatiques et les calculs
géopolitiques. Chaque vie perdue est un monde détruit, et le devoir de
mémoire est le minimum que nous devons à ceux qui ont souffert pour
les errements d’un dictateur.
10Les cicatrices durables
Même après la fin des hostilités, les séquelles de cette guerre
perdureront pendant des générations. Les traumatismes
psychologiques, les invalidités permanentes, les destructions
environnementales, la contamination des sols par les munitions et les
mines créeront des obstacles au développement de l’Ukraine pour des
décennies. La reconstruction du pays nécessitera des investissements
considérables que la communauté internationale aura la responsabilité
d’assumer, non pas par charité mais par solidarité avec une nation qui
a défendu des valeurs communes face à une agression injustifiée.
Conclusion : Un avenir à construire ensemble
L’espoir malgré tout
Malgré l’ampleur des destructions et la gravité des défis qui attendent
l’Ukraine et l’Europe, il reste des raisons d’espérer. La détermination
ukrainienne n’a jamais faibli, la solidarité occidentale s’est révélée plus
robuste que prévu, et la Russie a démontré ses faiblesses de manière
irréfutable. Ces éléments offrent une base pour construire un avenir où
l’agression ne paie pas, où les frontières ne peuvent être redessinées
par la force, et où les peuples ont le droit de choisir leur propre destin.
Cette vision n’est pas une utopie naïve mais un objectif réaliste si
l’Occident maintient sa résolution et refuse de céder aux pressions du
Kremlin.
Le chemin vers la paix durable sera long et difficile, semé d’obstacles et
de rechutes possibles. Il nécessitera une vigilance constante, des
investissements militaires soutenus, une coopération renforcée entre
alliés occidentaux, et une détermination inébranlable à ne pas
abandonner les Ukrainiens à leur sort. Mais l’alternative, une
capitulation face à l’agression qui encouragerait d’autres aventures
similaires, est inacceptable. L’histoire jugera les dirigeants occidentaux
sur leur capacité à rester fidèles aux valeurs qu’ils prétendent défendre,
et les peuples d’Europe sur leur solidarité envers une nation qui a payé
le prix fort pour sa liberté.
Le combat de l’Ukraine est le combat de tous ceux qui croient que la
liberté vaut mieux que la soumission, que le droit doit primer sur la
force, que les peuples ont le droit de décider de leur propre avenir. Ce
combat n’est pas terminé, mais chaque jour qui passe confirme que la
cause de la liberté, aussi difficile soit-elle à défendre, reste la seule qui
vaille la peine d’être menée jusqu’au bout.
La responsabilité de l’Occident
11L’Occident porte une responsabilité historique dans l’issue de ce
conflit, une responsabilité qui va bien au-delà des intérêts
géopolitiques immédiats. Les valeurs de liberté, de démocratie et de
droit international que l’Ukraine défend sont celles que les démocraties
occidentales prétendent incarner. Abandonner l’Ukraine ce serait
trahir ces valeurs et admettre qu’elles ne valent que lorsqu’elles ne
coûtent rien. Soutenir l’Ukraine jusqu’à la victoire, en revanche, ce
serait affirmer que ces valeurs ont un prix et que les démocraties sont
prêtes à le payer pour les défendre. Ce choix définira le monde de
demain, et l’histoire n’oubliera pas ceux qui auront eu le courage de
faire le bon.
Le moment est venu de choisir son camp, non pas entre l’Est et l’Ouest,
mais entre le droit et la force, entre la liberté et la soumission, entre un
avenir où les peuples décident de leur destin et un monde où les
dictateurs imposent leur volonté par les armes. L’Ukraine a fait son
choix avec une clarté exemplaire. À l’Occident d’honorer le sien.
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